Interview avec Vincent Darré
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Interview avec Vincent Darré

Passer à la déco après avoir travaillé vingt ans dans la mode, c’est un choix par dépit ou par amour ?

Vincent Darré : Par amour… J’ai toujours raffolé des objets et j’écume les allées des puces depuis l’âge de 11 ans. Un jour, on regarde ce qu’on a dans sa garde-robe, on fait le tri et on se dit : voilà, il nous reste dix ans pour réaliser ce qu’on veut vraiment faire. Quand on a 50 ans, il ne faut pas hésiter ! La Maison Darré, que j’ai ouverte il y a trois ans, était à la fois un vrai pari et une évidence. Je venais d’être remercié par Ungaro dont j’étais le directeur artistique. J’ai pris du recul et réalisé que, quand je dessinais des meubles, je m’amusais comme un fou, alors que je n’avais plus la même fraîcheur pour les vêtements. Je crois qu’il faut être encore naïf pour créer dans ce milieu. Quand on est devenu un vieux loup de la mode, on est trop cynique. Ce qui ne nourrit pas la création. En fait, j’avais en tête le projet de la Maison Darré depuis vingt ans.

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Quelles sont les grandes lignes de ce projet ?

Vincent Darré : Au départ, je voulais réunir dans un même lieu meubles et vêtements dans la veine des Wiener Werkstätte, les ateliers viennois du début des années 1900 qui rassemblaient artistes et artisans pour créer une oeuvre d’art totale. Finalement, j’ai renoncé à lier les deux, car c’est vraiment le design qui me passionne aujourd’hui. C’est ici que sont exposées mes créations, comme ma première collection, Ossobuco, qui était une série de meubles squelettes. La deuxième, A l’Eau Dali, est née à la suite de la commande d’une excentrique qui voulait des meubles de salle de bains. J’ai imaginé pour elle une colonne à tiroirs écrevisse, un miroir poisson-chat, une coiffeuse hippocampe. En ce moment, je travaille sur une troisième collection très surréaliste aussi, mais plus épurée. Mes idées viennent toutes des obsessions qui ont toujours nourri et forgé mon univers. Mais la Maison Darré, c’est aussi un projet commun qui repose sur la participation de mes amis artistes. Marie Brandolini a créé des verres signés et numérotés, Pierre Le-Tan [le père d’Olympia] a réalisé des tissus en lin. En ce moment, j’expose les masques lumineux de Grazia Eminente, une Italienne qui est une de mes grandes complices.

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Et d’où vous vient cette passion sans bornes pour le surréalisme, l’influence de Dali ou de Max Ernst est partout ?

Vincent Darré : J’ai grandi entouré d’objets surréalistes. Ma mère a toujours adoré ça. Je crois aussi qu’on reste très marqué par sa jeunesse et ses premières sorties. Pour moi, ça a été à l’époque du punk. Un mouvement que je trouve très proche du dadaïsme et du surréalisme. J’ai lu récemment une biographie de Luis Bunuel qui raconte comment le cinéaste arrive à Hollywood, s’empare d’un sapin de Noël, l’écrase par terre et crache dessus. Les surréalistes étaient de vrais punks ! Mes premiers tee-shirts pour un défilé au Palace étaient en sacs poubelles… C’est à cette époque que j’ai rencontré Azzedine Alaïa, qui venait d’arriver à Paris, Olivia Putman, Christian Louboutin, Farida, Eva Ionesco… D’ailleurs, ce sont tous des gens qui ont réussi à faire quelque chose à leur manière. Devenir riche et célèbre, à l’époque, on s’en foutait, c’était No Future. En fait, on voulait juste faire n’importe quoi pour se faire remarquer.

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Votre appartement parisien possède une esthétique très baroque. Est-ce votre style depuis toujours ?

Vincent Darré : Les déménageurs ont posé les meubles ici et là. Les choses se sont construites par accumulation. Pour moi, un lieu est réussi quand la notion de décor se fait oublier. Finalement, moins une maison est décorée, plus elle a de charme. Il faut que les choses aient l’air d’être venues se poser naturellement. Si je suis un décorateur, je le suis à la manière d’un Christian Bérard, le décorateur de Cocteau, qui était un bricoleur de génie. Ma maison est à mi-chemin entre un cabinet de recherche et un laboratoire. J’y ai réuni tout un tas d’objets que j’ai chinés et que j’ai fait restaurer. J’adore mélanger les genres, associer un fauteuil scandinave des années 1950 à une méridienne Directoire et un lampadaire de cabinet médical légèrement relooké. Certains clients me demandent de leur créer des ambiances identiques chez eux. C’est plus difficile, car cela demande du temps et des hasards.

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Heureusement, il y a les puces…

Vincent Darré : Oui, j’en suis malade. J’y vais tous les week-ends. A Vanves, le samedi matin, à Clignancourt, le dimanche. Quand je travaillais dans la mode, j’y traquais des vêtements anciens avec des broderies et des détails particuliers. Avec Prada, on avait ainsi imaginé une collection à partir d’une robe qui avait complètement déteint. Au fur et à mesure que je cherchais des vêtements, je remplissais ma maison. Longtemps, j’ai eu un autre goût, j’étais très “shabby chic”. Je n’aimais que les meubles de récup. Tout était abandonné. Ma maison était presque en ruines !

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Et, au Baron de New York, quelle sera l’ambiance ? Décadente ?

Vincent Darré : Comme André et Olivier Zahm s’entichent toujours de vieux bordels, il fallait donner l’impression que c’était déjà là… Comme si un vieux bouge avait soudainement rouvert ses portes. Le bâtiment se trouve à Chinatown, côté Wall Street, entre deux pompes funèbres chinoises. C’est un quartier relativement calme, mais qui, dans les années 1980, était assez chaud. Pour rappeler ce passé, j’ai demandé à Dominique Nabokov, une photographe qui vit à New York, de me donner des images de toutes ces personnalités de la vie et de la nuit new-yorkaises comme Andy Warhol, Jack Nicholson… Sur les murs, il y aura des papiers peints avec des chinoiseries érotiques. Un peu partout, des grandes lanternes chinoises à la Tony Duquette, des briques noires, des fausses portes, des pieuvres lumineuses… Je me suis bien amusé.

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